Intentions de mise en scène

Lorsque je travaillais sur Coco de B.-M. Koltès, j’ai lu l’oeuvre intégrale de l’auteur. Sallinger m’a bouleversée : en lisant la pièce, j’ai visualisé un univers théâtral précis et cela a stimulé immédiatement mon envie de la mettre en scène.

Nous voici dans un salon bourgeois confortable, en compagnie d’une famille d’artistes en deuil. Les angoisses des personnages reflètent une société américaine obsédée par la réussite et par la guerre. Le Rouquin vient de mettre fin à ses jours. Ce jeune surdoué allait se marier, quelques années après son retour de la Guerre de Corée. Sallinger raconte le sacrifice de plusieurs générations d’hommes sur l’autel de la patrie, et le désespoir de femmes et de mères impuissantes. Relations familiales étouffantes, errances d’une jeunesse condamnée… Dans ces monologues nerveux et drôles, Koltès évoque les voies sans issue d’un monde incapable de communiquer. Sallinger, c’est aussi le regard d’un écrivain français sur l’Amérique. A l’heure où tous les yeux se se sont tournés vers le pays de l’Oncle Sam pour suivre la course aux élections et le débat sur une présence armée en Irak, Sallinger vient nourrir une certaine vision des Etats-Unis.

Les thèmes abordés dans cette pièce me paraissent universels et toujours d’actualité : l’homme instrumentalisé dans la guerre et l’économie, l’écriture comme réponse au mal-être, l’idée et l’acte du suicide, le malaise qui s’installe à la suite de la perte d’un être cher, les visions qui en découlent.

Cette pièce m'est apparue comme le miroir de notre monde. D'où la nécessité de mettre en scène cette histoire.

Erika von Rosen, metteur en scène de Sallinger